Présentation de la méthode MUSMAT
I. Le constat de départ : le problème de l’articulation entre instrument et formation musicale dans l’apprentissage des tout-petits
Il existe actuellement de nombreuses méthodes d’apprentissage musical destinées aux très jeunes enfants, qui sont pour la plupart innovantes et stimulantes, mais malheureusement incomplètes.
Certaines méthodes instrumentales, telle la méthode Suzuki, permettent de commencer l’instrument dès 3 ans, en favorisant une approche immédiate et créative de la pratique musicale, mais elles ne donnent pas à l’enfant la formation musicale nécessaire lui permettant de jouer de façon autonome, en déchiffrant par lui-même les morceaux. En outre, la place « seconde » du solfège, qui n’est enseigné qu’après coup, rend cette matière rébarbative, voire décourageante pour les jeunes enfants habitués à imiter et improviser directement à l’instrument, sans le passage obligé par la partition.
A l’inverse, les méthodes d’éveil au langage musical, qui ont l’avantage de présenter le solfège et la culture musicale de manière ludique et instructive, retardent le passage à l’instrument, ce qui génère parfois des frustrations et des abandons.
Dans les deux cas, le passage à une formation plus classique à l’âge de 7 ans est souvent ressenti comme une rupture par rapport à ce qui a été précédemment acquis : le passé musical de l’enfant est ignoré ou remis en question.
Partant de ce constat, la méthode que je propose souhaite apporter une cohérence d’ensemble et un suivi réel dans l’apprentissage de la musique chez les tout petits : il s’agit de développer conjointement la pratique de l’instrument et la formation musicale en s’adaptant – et en contribuant – au développement des jeunes enfants, de façon à offrir une base complète et fertile pour la suite.
II. MUSMAT : une nouvelle méthode pédagogique
a) Les principes : découvrir la musique comme une langue maternelle
La méthode MusMat (Musique Maternelle) a été conçue pour répondre au mieux aux principes suivants :
- Entre trois et sept ans, les enfants ont des capacités étonnantes pour l’apprentissage de la musique, qui s’épanouissent durablement lorsque l’on peut les développer suffisamment tôt et de façon adaptée. A cet âge, la musique est à la portée de tous les enfants, sans exception.
- De même que le jeune enfant se révèle capable d’assimiler progressivement sa langue maternelle, voire d’autres langues lorsque l’environnement s’y prête, de même il montre à cet âge une grande réceptivité aux sons et une capacité réelle d’assimilation du langage musical, par imprégnation et imitation. En créant un environnement musical permanent et adapté le plus tôt possible, l’apprentissage de la musique devient alors aussi naturel que celui de la langue maternelle.
b) Le déroulement de l’apprentissage : progression naturelle et participation des parents
L’apprentissage se fait selon une progression aussi naturelle que celle qui amène le jeune enfant à assimiler une langue : création d’un environnement musical quotidien, possibilité d’imitation et de recréation de ce qui est entendu, passage progressif à un niveau d’abstraction supérieure (lecture, écriture), en respectant le rythme propre à chaque enfant.
La formation s’effectuera dans le cadre de deux cours hebdomadaires (un cours collectif et un cours individuel) au conservatoire, et d’une pratique régulière à la maison.
L’apprentissage de la langue musicale ne peut se faire sans une mise en condition quotidienne, ce qui suppose une participation active et régulière des parents. Les parents viennent assister aux cours et reproduisent avec l’enfant, à la maison, les exercices d’écoute et de pratique montrés par le professeur. Ce suivi ne nécessite aucune compétence particulière en musique de la part des parents. Ceux-ci vont apprendre pas à pas, avec leur enfant, et leur attitude compréhensive et encourageante sera déterminante pour sa motivation et sa progression.
Les étapes de la progression « naturelle » de l’apprentissage sont les suivantes :
- Création d’un environnement musical quotidien : écoute quotidienne d’enregistrements sonores transmis aux parents, sensibilisation aux sons et aux rythmes. Les thèmes entendus (comptines, chansons populaires, mélodies) fournissent le matériau musical de base pour le travail.
- L’écoute répétée entraîne naturellement le désir d’imitation. Familiarisation et appropriation des thèmes par la voix et l’instrument. Jeux sur le thème, transposition et transformation des données de base. L’enfant apprend à mémoriser et à reproduire un thème très simple en « jouant » avec celui-ci.
- Les rythmes et les hauteurs des sons vont être symbolisés corporellement.
- De même que l’on apprend à lire et à écrire après avoir appris à parler, de même le solfège apparaîtra comme un prolongement naturel pour acquérir le vocabulaire musical, la grammaire et la syntaxe, à partir de ce qui a été assimilé par la pratique.
c) Développement harmonieux des capacités de l’enfant
L’environnement musical quotidien et l’apprentissage correspondant vont permettre de développer de grandes qualités musicales, mais aussi des capacités plus générales, indispensables au développement de l’enfant à cet âge. La formation reçue exploitera les capacités suivantes :
- Les capacités sensorielles : auditives, visuelles, tactiles.
- La concentration, la mémoire, la rigueur et l’écoute de l’autre.
- L’équilibre, la synchronisation des gestes, la latéralisation, le repérage espace-temps.
- L’émotivité et la musicalité.
Formation d'enseignants
1. Instrumentistes, professeurs expérimentés dont l’instrument permet de débuter un apprentissage avant 7 ans, professeurs de formation musicale désirant travailler en collaboration avec leurs collègues instrumentistes formés à la méthode MUSMAT.
Durée :
Trois journées durant l’année scolaire, pour 18 heures de formation, avec un effectif de 15 personnes maximum.
2. Instrumentistes à cordes, déjà formés à l’enseignement aux très jeunes enfants (moins de 7 ans), désirant relier cet apprentissage instrumental et la formation musicale.
Durée :
Cinq sessions durant l’année scolaire, pour 36 heures de formation, avec un effectif de 6 personnes maximum pour la spécialité « cordes » (possibilité d’un « tronc commun » avec la formation n°1).
3. Pianistes de niveau équivalent au DEM de conservatoire français, ou professeurs de piano expérimentés, désirant acquérir la pédagogie nécessaire pour enseigner le piano aux très jeunes enfants (à partir de 3 ans), en lien avec la formation musicale.
Durée :
Huit sessions durant l’année scolaire, pour un total de 90 heures de formation.
Effectif : 4 personnes maximum pour la spécialité « piano » (possibilité d’un « tronc commun » avec les formations 1 et 2).